Nous entrepenons de publier le texte écrit par le lieutenant-colonel Marchand, illustré de cartes, pour le périodique « LA GUERRE DOCUMENTEE» qui détaille les opérations et faits de la guerre jour après jour ou semaine après semaine.

Comment la guerre fut déclarée
A la suite des luttes balkaniques, les relations austro-serbes étaient demeurées fortement tendues. Et cette tension prit brusquement un caractère d’extrême acuité, après l’attentat de Sarajevo, commis sur l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie, le 28 juin 1914.
Aussi, le 23 juillet, cette puissance adressait à la Serbie une note, justement qualifiée d’ultimatum, dont la teneur émotionna l’Europe entière. Les conditions que cette note imposait au Gouvernement serbe, l’absolue soumission qu’elle exigeait de lui, la rendaient manifestement inacceptable.
Au point que même certains organes pangermanistes, — tels la Gazette de Voss, la Post, la Gazette du Rhin et de Westphalie, — en conclurent que l’Autriche était bien décidée à faire la guerre aux Serbes et l’en blâmèrent en l’accusant de vouloir ainsi forcer l’armée allemande à venger l’archiduc défunt.
La brièveté du délai de quarante-huit heures, laissé à la Serbie pour sa réponse, et dont vainement la Russie avait demandé la prolongation, ne permettait aucun espoir d’entente.
Ce fut donc, dès le 26 juillet, la rupture des relations diplomatiques entre l’Autriche et la Serbie et, le 28, la déclaration de guerre de la première puissance à la seconde avec les conséquences qu’une telle mesure devait forcément entraîner. Dès le lendemain, 29, les hostilités commencèrent : Belgrade fut bombardée par les troupes autrichiennes, tandis qu’en Russie l’ordre était donné de mobiliser quatorze corps d’armée ; ce qui conduisit l’Allemagne à demander des explications le 30 juillet et, sans même les attendre, à déclarer le 31 juillet, le pays en « état de guerre » (Kriegszustand).
Mais ce n’était là, il faut le dire, que la conclusion d’une série de mesures militaires prises en toute hâte par les Allemands, avant même que fût échu le délai fixé par l’Autriche à la Serbie pour répondre à l’ultimatum.
Le 25 juillet, en effet, tout au matin, les garnisons de Strasbourg et de Sarrebourg avaient été brusquement consignées. Le soir, les ouvrages d’art à proximité des frontières recevaient leurs effectifs de guerre, les dispositions relatives à l’armement des places étaient déjà mises en vigueur ; le 26, les Compagnies de chemins de fer recevaient l’ordre de répartir leur matériel en vue de la mobilisation ; tous les permissionnaires étaient rappelés et les troupes en mouvement regagnaient leurs garnisons. Puis, du 28 au 30 juillet, les effectifs des corps de couverture furent complétés par des appels individuels de réservistes s’élevant au moins à 125.000 hommes; les réquisitions de chevaux et d’automobiles furent effectuées. En même temps, toutes les routes de la frontière étaient barrées et la censure télégraphique fonctionnait. La flotte, enfin, fut mise en état d’armement.
De telles mesures justifiaient largement la mobilisation partielle qu’avait ordonnée la Russie, en rappelant 300.000 réservistes pour compléter les quatorze corps d’armée des quatre arrondissements militaires d’Odessa, de Moscou, de Kief et de Kazan. Cela n’impliquait nullement la rupture des relations diplomatiques entre la Russie et l’Autriche, et ce n’était pas, à l’égard de l’Allemagne, une manifestation d’hostilité. La Russie ne prétendait même pas d’ailleurs défendre l’intégrité de la Serbie, mais seulement l’empêcher de passer sous la suzeraineté de l’Autriche.
En France, on ne montra pas moins de modération ; puisque, malgré les mesures militaires prises en Allemagne depuis le 25 juillet, on s’abstint jusqu’au 30, d’en prendre aucune qui pût être tenue pour une provocation.
Mais, le 31 juillet, l’Allemagne envoyait à la France, ainsi qu’à la Russie, un ultimatum les sommant de démobiliser pour le lendemain 1er août au plus tard. Or, ce jour-là, et par appels individuels, ladite Allemagne mobilisait elle-même six classes de réservistes. Et comme ses transports de concentration étaient déjà sur le point d’être achevés pour tous ses corps de couverture, ainsi que pour le 7e (Munster), le 2e (Cassel), le 18e (Francfort), c’étaient au moins 300.000 hommes qui se trouvaient ainsi massés à l’est de Metz et de Thionville, tandis que les avant-postes allemands étaient portés sur la frontière.
En présence de tels faits, notre mobilisation ne pouvait plus être ajournée. Aussi fut-elle ordonnée le 1cr août, comme devant commencer le lendemain. Depuis lors, elle se poursuivit régulièrement. L’Allemagne qui, dès le 1cr août, avait fait sa déclaration de guerre à la Russie, nous en adressa une le 3 août.
Si, d’ailleurs, elle avait attendu jusque-la, c’était évidemment dans le but de se faire déclarer la guerre par notre pays. Elle avait même recouru pour cela à toutes sortes de provocations puisque, la veille encore, les troupes allemandes avaient franchi notre frontière en maints endroits, attaqué une de nos patrouilles et un de nos postes de douaniers. Mais la patience dont nous fîmes preuve eut ce très heureux résultat de permettre à l’Italie de notifier, ce même jour, sa neutralité. Car les deux autres puissances de la Triplice ne pouvaient plus, au nom de l’Alliance, la contraindre à marcher pour elles, puisqu’elles-mémes avaient pris l’initiative de déclarer la guerre.
La déclaration de guerre faite le 5 août, par l’Angleterre à l’Allemagne, ne put rien changer à cette situation. Elle n’était, en effet, que la conséquence d’un ultimatum que l’Allemagne lui avait adressé la veille. Et il en fut encore ainsi de la déclaration de guerre que, ce même jour, 5 août, l’Allemagne crut devoir faire à la Belgique dont elle avait déjà envahi le territoire, comme de celle aussi que, le 7 août, l’Autriche fit également à la Russie.
L’Allemagne se mettait ainsi délibérément en état de guerre avec la Belgique. Mais c’est parce qu’elle espérait de cette façon, pouvoir envahir notre territoire plus aisément. Elle comptait bien ensuite — le fait est établi — s’arranger avec le Gouvernement belge, en lui promettant des compensations pourvu qu’il n’eût à son égard qu’une hostilité apparente, et se bornât même à une simple passivité.
Enfin les Allemands avaient tout prévu, sauf… la loyauté et le courage qu’ils ne s’attendaient pas à rencontrer chez les Belges et chez les Français. Ils n’avaient pas songé non plus, sans doute, à l’intervention de l’Angleterre, qui ne pouvait cependant pas tolérer une violation du traité garantissant la neutralité de la Belgique ; traité contresigné, d’ailleurs, par toutes les puissances y compris la Prusse.
L’adoption par l’Allemagne de ce passage à travers la Belgique, devait permettre à ses troupes d’entrer en France, en évitant la ligne de forteresses établie sur notre frontière nord-est. Le département du Nord, en effet, était relativement moins défendu, comme étant couvert par un pays neutre.
Le tout était de savoir comment ce pays défendrait sa neutralité. Or les Belges ont défendu la leur d’une façon à laquelle les Allemands étaient évidemment loin de s’attendre. D’où, pour ceux-ci, un retard considérable de l’invasion du territoire français et, pour nous, le temps d’accomplir régulièrement la mobilisation de notre armée.
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Publié le 14 juin, 2009 à 10:46 par admin
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